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vendredi 28 janvier 2000

Devenir écolier ou écolière, le sens d’une transition Amendola Catherine & Marcel Jean-François Toulouse : Cépaduès (2023)

Deux cent vingt pages pour explorer et faire réfléchir sur ce passage entre l’enfant dans sa famille et l’écolier qui doit devenir élève. Ce « devenir élève », inscrit dans les programmes de l’école maternelle est un processus que les auteurs nous donnent à voir et à comprendre dans les cinq chapitres qui constituent le livre.
Le premier chapitre situe cette question de l’entrée à l’école maternelle dans ses différents contextes, notamment les politiques éducatives publiques de la Suisse, et de la France, les évolutions sociohistoriques des conceptions de l’enfance et de son éducation. Selon les milieux sociaux, les frontières entre les mondes scolaires et familiaux sont plus ou moins floues et poreuses. Ainsi, accueillir les jeunes enfants pour les accompagner à devenir écolier ou écolière est, selon les auteurs, un « défi ».
Le deuxième chapitre s’intéresse aux travaux qui ont traité de cette transition. Ces nombreux écrits montrent que ce moment est inscrit dans des systèmes complexes d’interactions entre l’enfant et ses différents espaces de vie, lieux d’une pluralité d’expériences subjectives. L’entrée à l’école constitue pour l’enfant un moment de « crise », elle participe de sa socialisation en la réorientant, elle modifie son identité.
Pour étudier cette crise du point de vue de l’enfant, les auteurs présentent, dans le troisième chapitre, les fondements théoriques de la recherche engagée ainsi que la méthodologie adoptée. Considérer les enfants comme des acteurs sociaux capables de donner un sens et une signification à ce qu’ils vivent est un choix théorique qui induit des méthodes spécifiques, ce qui est clairement exposé : observation ethnographique dans une classe de première année et deuxième année de maternelle d’une école vaudoise ; dessins et photographies faites par les enfants, comme supports d’échanges verbaux ; entretiens individuels et collectifs.
Le chapitre quatre donne les principaux résultats de la recherche. L’appropriation par les enfants de ce monde nouveau qu’est l’école passe d’abord par le sens donné à l’espace scolaire et son agencement : la classe, les jeux, le mobilier, etc. Pour les plus jeunes, l’école est d’abord une maison, comme celles qu’ils ont déjà connues. L’aspect relationnel est second : les enfants font référence à certains enfants ou adultes mais n’ont pas encore le sentiment d’appartenir à un groupe-classe. Dans cette maison-école, les enfants distinguent trois activités : dessiner, jouer, travailler ; travailler consistant à répondre aux demandes de l’enseignant. Les règles de comportement scolaire sont pour eux des contraintes : ne pas être en retard, ne pas bouger, etc.
Le cinquième et dernier chapitre propose quelques pistes pratiques pour les professionnels. Si les éléments architecturaux sont premiers, la question de la temporalité est essentielle : il faut donner et laisser du temps aux enfants pour qu’ils deviennent des élèves, sans agir comme s’ils étaient déjà « prêts à l’emploi » (p. 159), formés pour l’école. Un autre enjeu est celui du collectif qui est aussi à construire avec eux, de manière progressive. Et, pour finir, les auteurs insistent sur la place du jeu, du jeu qui permet d’apprendre sans être formellement éducatif, ce qui correspond, pour les enfants, à du travail. Cette question de la frontière, et même de la stricte division entre jeu et travail, telle qu’elle apparaît aux enfants mériterait d’être approfondie. Car si elle est aujourd’hui fortement présente dans la pédagogie de l’école maternelle, elle reste peu étudiée du point de vue des enfants : quels liens font-ils entre travailler, jouer et apprendre à l’école ?
Cet ouvrage récapitule bien l’ensemble des travaux sur les transitions entre la famille et l’école, la prise en compte de la subjectivité des jeunes enfants, et les différentes manières d’enquêter auprès d’eux. Il apporte un éclairage particulier sur la manière dont, dans une école vaudoise d’aujourd’hui, les plus jeunes abordent subjectivement ces transformations vers une nouvelle socialisation. Et l’on peut facilement imaginer que la construction de ces nouveaux rapports scolaires avec l’espace, le matériel, le temps, les activités et les relations (aux autres enfants comme aux adultes) engage, pour ces plus jeunes, une partie de leur future expérience scolaire.
Ainsi ce livre sera très utile pour la formation des futurs enseignants, pour « comprendre ce que comprennent les enfants » comme l’écrivent les auteurs (p. 139) et mieux accompagner les enfants dans cette transition. Il pourra être lu avec profit par les professionnels de la petite enfance, même si la forme de l’ouvrage, très universitaire, comme la multiplicité des références, peut constituer des obstacles à sa lecture pour des publics non aguerris à ces formes littéraires.

Françoise CARRAUD
Université Lumière Lyon 2

Spirale – Revue de Recherches en Éducation – 2024 N° 73 (252-253)