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Place et rôle des femmes au sein du mouvement de l’Éducation nouvelle en Europe au XXe siècle (Spirale 68 - octobre 2021)

Sommaire
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Dans le cadre de ce numéro 68 de la revue Spirale, nous avons cherché à comprendre la place et le rôle des femmes au sein du mouvement de l’éducation nouvelle en Europe au cours du XXe siècle. En cela, nous poursuivons notre ambition d’interroger les différentes formes de militantisme à l’œuvre (Gutierrez, 2011) en nous focalisant sur le parcours de douze éducatrices dont l’engagement à la cause d’une nouvelle éducation est entendu. Grâce aux onze contributions réunies, ici, nous avons souhaité attirer l’attention des lectrices et des lecteurs de ce dossier sur, d’une part, la variété de ces protagonistes et, d’autre part, sur la pluralité des formes d’engagement repérée. De la sorte, nous nous prémunissons d’une visée par trop hagiographique qui, en se focalisant sur des exceptions biographiques, en réduirait l’objectivation (Riondet et al., 2018).
La mise en contexte systématique, bien qu’à des degrés divers, du parcours de ces pédagogues nous permet de mieux circonscrire leur action au sein d’« environnements pédagogiques » [1] souvent mal connus voire méconnus. Si les écoles de plein air constituent un espace propice à l’essor des idées et des pratiques pédagogiques de l’éducation nouvelle, il restait à montrer comment elles pouvaient en proposer une synthèse grâce à une organisation pensée et mise en œuvre par l’une de ses directrices à l’instar d’Alice Jouenne (Gachet & Seguy). Dans un registre différent mais tout aussi instructif, l’émergence d’une méthode active pour l’enseignement du basque en France dans les années 1950 par Madeleine de Jaureguiberry, nous interpelle sur les spécificités d’un contexte scolaire local propice à la diffusion de nouvelles approches disciplinaires (Alcomendy). La trajectoire de la Belge Renée Vanden Bossche, cette « decrolyenne du second cercle », nous apporte des éléments précieux sur les raisons de son investissement au sein d’institutions éducatives en marge de l’enseignement officiel. Propagandiste d’une éducation nouvelle pendant près d’un demi-siècle, ses contextes d’exercice rendent compte de ses engagements auprès d’enfants et d’adolescents pour lesquels elle élaborera des techniques éducatives adaptées à leurs différences (Boussion).
Les contributions de ce dossier nous renseignent aussi sur les conditions grâce auxquelles plusieurs enseignantes ont réussi, à des responsabilités diverses, à rénover l’enseignement au sein de leur institution. L’œuvre d’Aimée Fiévet, à la direction d’une école primaire supérieure de jeunes filles à Paris [2], apparaît ici comme exemplaire. Dès la fin du XIXè siècle, elle fit la promotion de l’enseignement scientifique afin de permettre à ses élèves d’accéder à l’enseignement supérieur et, par là même, prétendre à des emplois plus qualifiés (Alix). Le parcours de Marie-Aimée Niox-Chateau est également emblématique du dévouement de ces femmes qui consacrèrent une part importante de leur existence aux questions d’éducation. Jardinière d’enfants puis directrice d’école, elle milita, toute sa vie durant, pour une pédagogie plus respectueuse des besoins des enfants selon les principes de l’Éducation nouvelle et notamment ceux prônés par la pédagogie Montessori dont elle fut une adepte (Serina-Karsky). La trajectoire professionnelle de Marie Rist n’est pas sans présenter quelques similitudes avec celle de Marie-Aimée Niox-Chateau. Montessorienne, fondatrice et directrice d’école nouvelle après la Seconde Guerre mondiale, soutenue par leur conjoint dans leur projet d’école, elle travailla à combattre l’illettrisme dans la filiation de Frantisek Bakule et de Paul Faucher alias « Père Castor ». L’étude des circonstances dans lesquelles ont été menées les expérimentations du Centre de recherche en pédagogie active au sein de l’école nouvelle d’Antony est significative des transformations qui ont pu y être apportées aussi bien au plan des enseignements qu’au plan de son organisation générale (Kolebka). Si la participation de Josette Broquet aux recherches menées au sein du Groupe expérimental de pédagogie active et fonctionnelle du 20e arrondissement de Paris entre 1961 et 1972, a été rendue possible grâce au travail de coordination de Robert Gloton, inspecteur de l’enseignement primaire et vice-président du Groupe français d’éducation nouvelle, il n’en demeure pas moins évident que son apport aux nouvelles techniques d’enseignement, élaborées à cette occasion, relève d’un engagement considérable au sein de l’équipe enseignante de l’école de Vitruve (Patry).
L’action de ces femmes s’inscrit, par ailleurs, dans des territoires différents nous rappelant que loin de se limiter à l’école, les visées émancipatrices qu’elles prônaient, en matière d’éducation, étaient souvent d’une portée plus ambitieuse. Qu’il s’agisse d’agir pour la protection de l’enfance au sein de réseaux familiaux en participant à l’avènement de « mères nouvelles » à l’image de Dorothy Canfield Fisher et de Marguerite Fischbacher (Kolly), de poursuivre un idéal de justice social et de progrès par la promotion d’une éducation corporelle féminine à la croisée de la gymnastique suédoise et de jeux enfantins inspirés du scoutisme comme Ketty Jentzer (Groeninger) ou par la réforme de l’enseignement du dessin grâce à une méthode basée sur l’imagination et la liberté d’interprétation telle que préconisée par Hélène Guinepied (Mouchet), « l’ardeur de ces femmes convaincues » (Serina-Karsky) transcende les idéologies éducatives traditionnelles. Pédagogue, féministe, théosophe et franc-maçonne, l’itinéraire professionnel emprunté par la belge Élisabeth Carter, ici restitué, nous rappelle que ces influences restent encore sous-estimées dans les combats menés par ces militantes d’une éducation nouvelle en faveur de l’émancipation sociale et politique des femmes au début du XXè siècle (Wagnon).
En levant le voile sur ces douze pédagogues du mouvement de l’éducation nouvelle en Europe entre la fin du XIXè siècle et le début des années 1970, nous espérons avoir montré combien leur rôle et la place qu’elles occupèrent furent décisifs dans les institutions au sein desquelles elles exercèrent. Par ce dossier qui leur est dédié, nous contribuons à la commémoration du centenaire de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle qui a vu le jour, à Calais, en 1921. Ligue dont on sait quelle fut l’influence des femmes, par la suite, dans le projet de « construire la paix par l’éducation » (Hofstetter et al., 2020) en participant notamment à « la circulation des savoirs pédagogiques » (Haenggeli-Jenni, 2015).
Gageons que ce dossier initie de nouveaux projets éditoriaux consacrés au mouvement de l’éducation nouvelle susceptibles, à terme, de mieux appréhender la part effective qui y jouèrent les femmes au cours de son histoire.

Laurent GUTIERREZ
CREF
Université Paris Nanterre

Bibliographie

Gutierrez L. (éd.) (2011) « L’Éducation nouvelle. Histoire d’une réalité militante » – Recherches et Éducations 4.
Haenggeli-Jenni B. (2015) « Le rôle des femmes de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle dans la circulation des savoirs pédagogiques (1920-1940) » – in : R. Hofstetter et J. Droux (éds.) Globalisation des mondes de l’éducation. Circulations, connexions, réfractions (XIXe-XXe siècles) (75-95). Rennes : PU de Rennes.
Hofstetter R., Droux J. & Michel C. (2020) Construire la paix par l’éducation : réseaux et mouvements internationaux au XXè siècle. Genève au cœur d’une utopie. Neuchâtel : éd. Alphil-Presses universitaires suisses.
Riondet X., Hofstetter R. & Go H. L. (eds.) (2018) Les acteurs de l’Éducation nouvelle au XXè siècle. Itinéraires et connexions. Grenoble : PU de Grenoble.

Spirale - Revue de Recherches en Éducation – 2021 N° 68 (3-5)

Notes

[1Par « environnement pédagogique », nous entendons la combinaison de divers éléments humains et matériels que constituent le cadre et les conditions d’exercice d’un individu au sein d’une communauté éducative.

[2Le « hasard » des contributions de ce dossier nous apprend que Marie-Aimée Werhlin, future Marie-Aimée Niox-Chateau, travailla dans cet établissement entre 1923 et 1928.

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