BOUILLON François "Éducation civique et anthropologie" - Spirale 7 (1992)

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Pour beaucoup de contenus d’enseignement, personne ne sait véritablement comment ils sont enseignés dans les classes. Tel est le cas, nous semble-t-il, de ceux qui relèvent de « l’éducation civique ».
Il existe dorénavant de nouveaux manuels, certes ; mais, dans la pratique, comment les maîtres enseignent ce contenu ? Qu’en retiennent les enfants ? Nul ne le sait.
Les Programmes et Instructions nous disent que l’éducation civique apprend à l’enfant qu’il ne vit pas seul, qu’il procède d’une histoire, qu’il a des droits reconnus mais aussi des devoirs. Eminemment morale, l’éducation civique développe l’honnêteté, le courage, le refus des racismes, l’amour de la République. L’accent est porté ici sur la notion d’« éminemment morale », ce qui nous renvoie donc aux conceptions qu’ont les maîtres comme les enfants de la dite « morale » : utilitariste ? eudémoniste ? universaliste ?
De surcroît, le programme qui court du CP au CM2 est commandé par une psychologie de l’enfant implicite : préoccupé d’abord et surtout des règles communes de son milieu immédiat (CP) ; il passe de l’intuition à la prise de conscience en se décentrant peu à peu de son environnement (CE) ; mais ce n’est qu’au CM que l’enfant accède à une décentration suffisante lui permettant d’étendre son regard à la société qui l’entoure voire à découvrir le rôle de la France dans le monde.
Ce modèle implicite de l’apprentissage est une sorte de vulgate piagétienne où l’enfant passe d’un quasi-égocentrisme initial à la maîtrise des relations objectives spatiales et temporelles lui permettant de se situer comme un point de vue parmi d’autres c’est-à-dire par rapport aux autres et au monde appréhendés comme un ensemble de relations.
A partir de ces données, il faut élucider comment les maîtres enseignent l’éducation civique et quel est l’effet de leur enseignement !

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