Spirale HS4 (2005, téléchargeable) Les représentations en formation
Présentation Franc MORANDI et Jean-Claude SALLABERRY

Le lien entre représentation et formation relève à la fois de l’approche critique et de la compréhension des phénomènes de formation. La représentation, comme nous l’avons souligné dans le premier collectif de « Représentations en formation » , interroge le processus de formation comme instance cognitive. L’hypothèse centrale, dans le rapport représentation-formation, est que l’acteur en formation s’inscrit dans une co-construction de savoirs, fruits du jeu des représentations (individuelles, sociales et professionnelles) dans des situations « réflexives ». L’activité représentationnelle est l’élément central d’une pragmatique de la formation, comme forme modélisatrice de la construction du sujet et de la compétence professionnelle : « nos idées sont nos actions » affirmait William James. Au confluent des pratiques et de leurs logiques, une cognition partagée, le travail réflexif, les modes de pilotage de l’action, font de la dynamique représentationnelle le miroir des problématiques formatrices.
Pourquoi ce deuxième numéro ? Outre que l’intérêt de la perspective « représentationnelle » n’a pas diminué, ce dossier prend deux paris : celui d’une inscription plus claire dans les sciences de la cognition , celui de fonder une pragmatique des situations sur la dynamique des représentations.

Pragmatiques et processus représentatifs
Jean-Claude Sallaberry, à partir de sa catégorisation des représentations, inscrit les activités représentatives dans le temps du geste. La métaphore du geste est celle de la fonction représentative liée à la perception, celle de l’énaction. L’auteur interroge les liens d’une perception et d’une représentation, fondatrice du lien pragmatique.
Franc Morandi propose l’observation d’une pragmatique de formation, celle des analyses de pratiques dans la formation professionnelle des enseignants. Il souligne la part de l’activité représentationnelle et du travail réflexif. Sur un versant modélisateur, la tri-polarité cognitive et pragmatique de l’activité réflexive et sémiotique (Pierce) suggère l’intégration représentative du pratique, du praticable et de la pratique. Sur un versant formatif, sont mises en perspective les opérations représentatives et réflexives qui lient les actions aux modes de structuration interne du sujet, supports d’une formation « réflexive ».

Ouvertures
Apprend-on à composer ? Voilà la question que pose Gérard Bougeret en étudiant l’apprentissage de l’écriture musicale (harmonie, contrepoint et fugue dans l’acception courante du terme). Après avoir dressé un rapide bilan du statut de l’écriture et esquissé une typologie de son approche, il utilise la théorie des représentations.
Xavier Cosnard présente deux niveaux de représentation du temps. Il rappelle tout d’abord les représentations du temps qui ont existé parmi différentes civilisations. Il présente ensuite les résultats d’une recherche conduite auprès de deux groupes d’âge très différent (des enfants de 10 ans et des adultes), montrant comment les représentations du temps se transforment avec l’âge.
Sylvie Barbier montre que si un groupe se structure sur le plan « affectif » — ce qui a été souvent décrit — il se structure aussi sur le plan cognitif. Une telle perspective semble susceptible d’intéresser tous les enseignants.

La classe et le groupe de formation
Jean-Yves Dalm, à partir des représentations d’enseignants à propos d’un moment-image (un spectacle scolaire et la photo de classe) expose une tentative d’appréhension de ce qu’il nomme le « être ensemble à l’école ».
Christophe Massip explore les représentations que les jeunes, engagés dans des formations en alternance, construisent à propos de ces formations.
Des pratiques professionnelles
Véronique Barthélémy se propose de repérer comment se construit « l’entité sociale des CPE » (conseillers principaux d’éducation) à partir des pratiques dans différents établissements scolaires et des représentations que les acteurs (professeurs, élèves, chefs d’établissement,..) peuvent avoir envers ce « personnage ».
Interrogeant les pratiques informationnelles des enseignants dans le champ documentaire scolaire, Vincent Liquete souligne les écarts entre les systèmes de représentation des professeurs de discipline et ceux des enseignants-documentalistes, écarts qui pouvant être considérés comme facteurs explicatifs du dysfonctionnement du système d’information de l’établissement.

Ce numéro s’inscrit donc en continuité avec le premier collectif « Représentations en formation », autour d’une structuration cognitive, tant épistémologique que pragmatique, dans le champ de la formation et de l’activité professionnelle des enseignants et des personnels d’éducation. Les articles explorent des situations liant le rapport sujectif/objectif, l’activité représentationnelle et l’apprentissage professionnel et scolaire. Il soumet ainsi des pistes, des germes de recherches sur la formation, participant au nécessaire travail réflexif au sein de la profession.

Franc MORANDI
Jean-Claude SALLABERRY

IUFM d’Aquitaine
EA 487 Bordeaux 2

SPIRALE - Revue de Recherches en Éducation - 2005 HS4 (3-5)

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